
Certains joueurs laissent une marque dans l’histoire d’une équipe par leurs buts, leurs trophées ou leurs performances en séries. Chris Kreider, lui, a marqué l’histoire du Canadien d’une tout autre façon. Douze ans après la collision qui a mis fin aux séries de Carey Price en 2014, le voilà maintenant à Montréal, avec le fameux chandail bleu-blanc-rouge sur les épaules.
Pendant plus d’une décennie, son nom a été associé à une image bien précise dans l’imaginaire collectif montréalais: celle d’un attaquant des Rangers de New York fonçant vers Carey Price au printemps 2014.
Le 17 mai 2014, dans le premier match de la finale de l’Est entre les Canadiens et les Rangers, Kreider est entré en collision avec Price. Le gardien montréalais a dû quitter la rencontre. Pour les partisans du CH, cette séquence est devenue beaucoup plus qu’un simple accident de séries éliminatoires. Elle représente, encore aujourd’hui, l’un des grands « et si? » de l’histoire récente du Canadien.
Maintenant, douze ans plus tard, Chris Kreider portera le chandail du Canadien. Difficile d’imaginer scénario plus étrange.
Le fantôme de Carey Price
Il faut commencer par là, parce qu’on ne peut pas parler de l’arrivée de Kreider à Montréal comme s’il s’agissait d’un joueur complètement anonyme.
Pour une partie des partisans, Kreider sera toujours « le gars qui a blessé Carey Price ». C’est compréhensible.
Price était alors au sommet de son art. À 26 ans, il venait de connaître une saison extraordinaire et représentait l’espoir ultime d’une équipe qui venait d’éliminer les Bruins de Boston. Montréal rêvait véritablement à la Coupe Stanley. Puis est arrivé Kreider.
La collision a contribué à transformer cette série. Price n’a pas pu reprendre sa place devant le filet et les Rangers ont éventuellement éliminé le Canadien en six rencontres.
Avec le recul, il faut toutefois faire attention à transformer cette séquence en explication absolue de tout ce qui est arrivé à Price par la suite. Oui, sa carrière a été marquée par les blessures et sa dernière saison complète remonte à 2021-22. Oui, le souvenir de cette collision est profondément ancré dans la mémoire collective montréalaise comme étant le début de la fin pour Price.
Sauf que les blessures de l’ancien gardien du CH sont le résultat d’un ensemble de problèmes physiques et de circonstances sur plusieurs années. Ça ne change toutefois rien au sentiment des partisans. Le hockey n’est pas toujours rationnel et certains souvenirs sont impossibles à effacer.
Mais qui est Chris Kreider, au juste?
Si on retire quelques minutes d’une soirée de mai 2014 de l’équation, on découvre un joueur qui a eu une carrière exceptionnelle.
Kreider a été sélectionné au 19e rang par les Rangers en 2009. Il a passé ses 13 premières saisons dans la LNH à New York avant d’être échangé aux Ducks d’Anaheim en 2025.
Il n’a pas simplement été un joueur de soutien. Kreider a marqué 348 buts et récolté 632 points en 958 matchs dans la LNH. Il a également produit 83 points en 135 matchs de séries éliminatoires. En 2021-22, il a connu une saison de 52 buts, dont un impressionnant total de 26 buts en avantage numérique.
À 6 pieds 3 pouces et autour de 230 livres, son jeu repose notamment sur sa puissance, son coup de patin et sa présence devant le filet.
Kreider n’est plus le joueur de 30 ans capable de marquer 50 buts, mais il vient tout de même de connaître une saison de 50 points en 75 matchs avec Anaheim, avec 22 buts et 28 passes. Il a ensuite ajouté sept points en 12 matchs de séries.
Autrement dit: même à 35 ans, il n’arrive pas à Montréal simplement pour occuper une chaise. Il arrive avec quelque chose à offrir.
Le plan A qui devient un plan K
Les Canadiens avaient certainement l’ambition de continuer à améliorer leur formation après une saison 2025-26 qui les a menés jusqu’en finale de l’Association de l’Est. Pourtant, leur été n’a pas été marqué par l’acquisition d’une énorme vedette offensive tant convoitée.
Le mouvement de personnel a plutôt été axé sur la profondeur, le développement et quelques paris à plus petite échelle. Ivan Demidov a notamment signé un contrat de huit ans à un prix respectable, ce qui marque l’été des Canadiens. Beaucoup de rumeurs, mais aucunes transactions ou signatures de taille chez le Tricolore.
Dans ce contexte, l’arrivée de Kreider ressemble moins au coup de circuit attendu au début de l’été qu’à une excellente solution de rechange trouvée à la dernière minute.
Kreider a été libéré par Anaheim après que les Ducks eurent placé son contrat au ballottage afin de dégager de l’espace sous le plafond salarial. Son ancienne entente comportait encore une saison à un impact de 6,5 millions de dollars. Montréal, elle, obtient ses services pour un an et un montant de base de 2,15 millions de dollars, avec des bonis pouvant faire grimper la valeur maximale du contrat. À ce prix-là, le risque est limité et le potentiel de rendement est intéressant.
Le pari n’est pas de retrouver le Kreider de 2022
C’est la nuance que les partisans devront garder en tête. Le Canadien ne signe pas le Chris Kreider de 2022. Il signe un joueur de 35 ans. On ne doit donc pas s’attendre à 52 buts.
On doit plutôt s’attendre à un vétéran capable d’apporter de la taille, de la robustesse, de l’expérience des séries et une présence importante devant le filet. En plus, Kreider connaît déjà les séries éliminatoires. Très bien, même. Il a disputé 135 matchs de séries au cours de sa carrière. Il a connu quatre finales d’Association avec les Rangers et a participé à la finale de la Coupe Stanley en 2014.
Cette expérience pourrait être particulièrement intéressante pour une jeune formation montréalaise qui commence à passer de l’étape de la reconstruction à celle où les attentes deviennent beaucoup plus élevées.
Et il y a Martin St-Louis
Kreider et Martin St-Louis ont été coéquipiers à New York entre 2013 et 2015. Aujourd’hui, St-Louis est derrière le banc du Canadien.
Jeff Gorton, qui a également travaillé avec Kreider à New York, fait lui aussi partie de l’organisation montréalaise. Ce n’est donc probablement pas un mariage improvisé. Le Canadien sait exactement quel genre de joueur il accueille.
Kreider sait aussi dans quoi il s’embarque. Il arrive dans une ville où son nom est connu depuis 2014 pour toutes les mauvaises raisons.
Alors, est-ce qu’on lui pardonne?
Pas nécessairement. Un partisan peut détester le souvenir de Chris Kreider et apprécier le joueur qu’il devient aujourd’hui. Les deux sentiments peuvent parfaitement coexister.
Kreider n’est plus le jeune attaquant des Rangers qui s’est retrouvé dans les jambes de Carey Price en 2014. Il est maintenant un vétéran de 35 ans, avec plus de 950 matchs de saison régulière derrière lui, plus de 600 points et une tonne d’expérience en séries.
Le Canadien n’a pas signé le méchant de 2014. Il a signé Chris Kreider en 2026. La vraie question n’est donc pas de savoir si les partisans réussiront à oublier le coup sur Carey Price. Ils ne l’oublieront probablement jamais.
La question est plutôt de savoir si Kreider peut écrire une nouvelle histoire à Montréal.
Et ça, contrairement à ce qui s’est passé en mai 2014, dépendra entièrement de ce qu’il fera avec le chandail bleu-blanc-rouge sur le dos.
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