
Il aura fallu attendre onze ans. Onze ans depuis que le CF Montréal (alors encore appelé l’Impact) avait fait tourner les têtes du monde du soccer en annonçant l’arrivée de Didier Drogba. Onze ans depuis qu’une véritable vedette internationale, au sommet de sa notoriété, avait choisi Montréal comme prochaine étape de sa carrière.
Aujourd’hui, le CF Montréal vient de retrouver ce sentiment: Alexis Sánchez débarque à Montréal.
À 37 ans, le Chilien n’est évidemment plus le joueur qui terrorisait les défenses de Premier League ou qui partageait le terrain avec Lionel Messi à Barcelone. Il faut dire que de réduire cette signature à l’âge du joueur serait passer complètement à côté de ce qu’elle représente.
Parce qu’Alexis Sánchez, ce n’est pas simplement un ancien grand joueur. C’est un joueur qui a réellement été une vedette mondiale.
De Tocopilla aux plus grands clubs d’Europe
Né à Tocopilla, au Chili, Sánchez a commencé sa carrière professionnelle avec Cobreloa avant de passer par Colo-Colo, River Plate et surtout l’Udinese en Serie A italienne.
C’est en Italie que le monde du soccer commence véritablement à découvrir celui que les Chiliens surnommeront « El Niño Maravilla » (le garçon merveilleux).
En 2011, le FC Barcelone vient le chercher pour environ 26 millions d’euros (environ 42 millions de dollars canadiens), faisant de lui le premier Chilien à porter le maillot du club catalan. À Barcelone, Sánchez évolue aux côtés de joueurs comme Messi et Xavi et remporte notamment la Liga, la Coupe du monde des clubs et la Supercoupe de l’UEFA. Il inscrit 46 buts en 141 matchs avec le Barça.
Puis vient Arsenal et c’est là que Sánchez devient une véritable superstar auprès du grand public.
Avec les Gunners, il marque 80 buts et récolte 44 passes décisives en 166 rencontres. Il remporte deux FA Cup et devient l’un des joueurs offensifs les plus électrisants de la Premier League.
Manchester United, l’Inter Milan, l’Olympique de Marseille et Séville suivront.
Et avec le Chili, Sánchez est devenu une légende. 51 buts en 168 sélections, deux Copa América remportées en 2015 et 2016: son palmarès international suffit à comprendre l’ampleur du joueur.
Bref, quand Alexis Sánchez va enfiler le maillot du CF Montréal, ce ne sera pas seulement un ancien joueur de grands clubs européens qui débarquera au Stade Saputo. Ce sera une légende du football chilien.
Mais à 37 ans, qu’est-ce qu’il lui reste dans les jambes?
Il ne faut pas s’attendre à retrouver le Sánchez d’Arsenal, capable de multiplier les courses à pleine vitesse pendant 90 minutes et de porter une attaque à lui seul.
La dernière saison à Séville rappelle d’ailleurs cette réalité: quatre buts en 30 matchs toutes compétitions confondues. Par contre, le CF Montréal n’a pas besoin qu’Alexis Sánchez redevienne celui de 2016. Il a besoin qu’il soit Alexis Sánchez en MLS en 2026, et ça, c’est très différent.
Son expérience, sa qualité technique, son intelligence dans les petits espaces et sa capacité à créer des occasions peuvent encore faire une différence dans une ligue où le rythme et les espaces ne sont pas ceux de la Liga ou de la Premier League.
Sánchez pourrait être utilisé intelligemment. Pas nécessairement comme le joueur autour duquel tout doit passer. Pas nécessairement comme celui qui doit jouer chaque minute.
Comme un joueur capable de faire basculer un match, de conserver le ballon sous pression, de trouver une dernière passe ou de faire profiter son équipe de son immense expérience. Le défi sera donc de gérer son utilisation.
À 37 ans, la question ne devrait pas être: « Peut-il encore jouer comme une vedette européenne? »
La vraie question devrait être: « Comment peut-on maximiser ce qu’il lui reste? »
Parce qu’Alexis Sánchez peut apporter quelque chose qu’on ne mesure pas dans une feuille de statistiques: une culture du haut niveau.
Le CF Montréal compte plusieurs jeunes joueurs qui rêvent justement de vivre ce qu’a vécu Sánchez.
Ils pourront désormais côtoyer quotidiennement un joueur qui a joué au FC Barcelone, à Arsenal, à Manchester United et à l’Inter Milan.
Un joueur qui a connu les vestiaires remplis de superstars.
Un joueur qui a joué des matchs de Ligue des champions d’Europe.
Un joueur qui a remporté des trophées internationaux avec son pays.
Tout ça, aucune séance d’entraînement ne peut vraiment le reproduire.
Imaginez un jeune attaquant montréalais qui peut observer Sánchez dans le vestiaire, lui poser des questions, regarder comment il se prépare avant un match et apprendre directement de ses habitudes.
Sánchez n’a pas besoin de devenir entraîneur pour avoir une influence sur la prochaine génération.
Sa simple présence peut devenir un outil de développement.
Montréal avait besoin d’un joueur comme lui
Depuis Drogba, Montréal n’avait pas véritablement retrouvé cette capacité à attirer une vedette internationale possédant une telle reconnaissance auprès du grand public.
Drogba avait 37 ans lorsqu’il a rejoint l’Impact en 2015. Il arrivait avec une réputation immense après sa carrière à Chelsea et en équipe nationale ivoirienne. La suite est devenue historique.
En seulement huit départs en saison régulière cette année-là, Drogba avait inscrit neuf buts et ajouté une passe décisive. Le club parlait lui-même à l’époque de « l’effet Drogba », tant son influence dépassait largement les statistiques.
Sánchez aura maintenant la chance de créer son propre « effet Sánchez » et celui-ci pourrait commencer avant même son premier coup de pied.
Le retour du CF Montréal dans la conversation
Il ne faut pas se raconter d’histoires: Alexis Sánchez ne garantit pas une place en séries éliminatoires.
Il ne transforme pas instantanément le CF Montréal en prétendant à la MLS Cup. Il change cependant quelque chose d’essentiel: l’attention.
Pendant quelques jours, Montréal ne sera plus seulement une équipe de MLS qui cherche sa place dans le paysage sportif nord-américain. Montréal sera la ville où Alexis Sánchez a choisi de poursuivre (et peut-être même terminer) sa carrière.
Les médias chiliens vont suivre le club. Les amateurs d’Arsenal, de Barcelone, de l’Inter et de l’Olympique de Marseille auront une raison de regarder ce qui se passe à Montréal.
Et les partisans du CF Montréal auront enfin une nouvelle vedette internationale de leur époque à présenter à leurs enfants. C’est aussi ça, le rôle d’une signature comme celle-ci.
Elle doit créer de l’intérêt autour du club, remplir le Stade Saputo, vendre des maillots, attirer des regards et surtout donner aux partisans une raison de croire qu’il peut encore se produire quelque chose de spécial.
Sánchez ne doit pas être le prochain Drogba
Alexis Sánchez ne doit pas essayer d’être Didier Drogba. Il doit être Alexis Sánchez.
Drogba avait transformé Montréal par sa puissance, son jeu aérien et son instinct de buteur. Sánchez peut le faire autrement: par sa créativité, son expérience, sa personnalité et sa compréhension du jeu.
À 37 ans, il ne reste probablement plus beaucoup d’années à Alexis Sánchez.
Il lui reste peut-être suffisamment de soccer pour laisser une empreinte à Montréal.
Surtout, il lui reste quelque chose que le CF Montréal n’avait pas vu depuis longtemps: une véritable vedette mondiale qui a choisi Montréal.
Ce n’est peut-être pas le début d’une nouvelle ère et pour le grand Sánchez c’est probablement la fin de sa carrière. Ceci étant dit, pour un club qui avait cruellement besoin d’un moment comme celui-ci, c’est (on le souhaite) le début d’une belle histoire…
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