La fumée canadienne? Le Président américain souffle surtout sur les braises

Source photo: NY Times

Donald Trump a encore trouvé un coupable facile. Cette fois, ce sont les Canadiens. Ou plutôt… notre fumée.

Selon le président américain, le Canada serait responsable de la mauvaise qualité de l’air qui a recouvert une partie du nord-est des États-Unis en raison des feux de forêt. Il va même jusqu’à parler de « négligence volontaire » et laisse entendre que le Canada devrait payer davantage de tarifs parce que la fumée traverse la frontière.

Il faut tout de même avoir un certain talent pour transformer un phénomène naturel en conflit diplomatique. La fumée ne s’arrête pas aux douanes. Elle ne présente pas son passeport. Elle suit simplement les vents.

Les changements climatiques, les sécheresses et les incendies de forêt sont devenus une réalité partout sur la planète. Le Canada n’est malheureusement pas épargné. Pas plus que les États-Unis.

Pourtant, entendre le président américain parler comme si Ottawa avait volontairement envoyé des nuages de fumée vers New York ou le Michigan relève davantage de la politique spectacle que du leadership. Ce qui rend cette sortie encore plus difficile à avaler, c’est l’ironie.

Les États-Unis figurent parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, tant historiquement qu’en volume absolu. Leur économie, leur industrie et leur consommation énergétique ont largement contribué au réchauffement climatique qui favorise justement des saisons de feux plus longues, plus sèches et plus destructrices.

Si l’on commence à distribuer les responsabilités en fonction des conséquences environnementales qui dépassent les frontières, Washington aurait lui aussi quelques comptes à rendre.

L’histoire récente rappelle une autre contradiction. Lorsque la Californie était dévastée par des incendies incontrôlables, des centaines de pompiers canadiens ont traversé la frontière pour aller prêter main-forte à leurs voisins américains. Ils n’y sont pas allés pour demander une facture. Ils y sont allés parce qu’entre voisins, c’est ce qu’on fait.

Le Canada contribue aussi à alimenter une partie du nord-est américain grâce à son hydroélectricité. (Devrions-nous utiliser cette eau pour éteindre les feux plus rapidement M. Trump?) Nos économies sont profondément intégrées. Nos deux pays s’entraident régulièrement lorsque des catastrophes frappent. C’est précisément ce qui rend les propos de Donald Trump si décevants.

Un chef d’État devrait chercher des solutions communes face aux catastrophes naturelles. Il devrait favoriser la coopération scientifique, le partage des ressources et la coordination des secours.

Au lieu de cela, le président américain préfère pointer du doigt un voisin, comme si trouver un responsable était plus important que comprendre le problème. Cette manière de gouverner ressemble davantage à celle d’un enfant qui cherche immédiatement quelqu’un à blâmer lorsque quelque chose tourne mal.

La politique internationale mérite mieux que des publications impulsives destinées à alimenter les réseaux sociaux.

Les feux de forêt ne connaissent pas les frontières. La pollution non plus. Les changements climatiques encore moins. Le vrai leadership consiste à reconnaître cette réalité et à travailler ensemble pour limiter les dégâts.

Chercher un bouc émissaire de l’autre côté de la frontière ne fera jamais disparaître la fumée. Cela ne fait qu’en ajouter… au débat.

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