
Lorsque j’étais jeune, les Québécois étaient partout. Martin Brodeur, Patrick Lalime, Roberto Luongo, José Théodore, Marc-André Fleury… Les gardiens québécois dominaient la LNH. À chaque saison, on avait presque l’impression qu’une équipe sur deux confiait son filet à un Québécois.
Aujourd’hui, le portrait est complètement différent. Au Québec, produire un gardien d’élite est devenu l’exception plutôt que la norme. Plus largement, les joueurs québécois sont moins nombreux à occuper des rôles importants dans la LNH qu’ils ne l’étaient il y a vingt ou trente ans. Pendant ce temps, les États-Unis continuent de gagner du terrain.
Il suffit de regarder les repêchages de la LNH, les Championnats mondiaux juniors ou les grands tournois internationaux (comme les derniers Jeux Olympiques) pour constater que le hockey américain n’est plus un simple concurrent. Il est devenu une référence.
La question n’est donc plus de savoir si les États-Unis nous ont rattrapés. Ils nous ont dépassés et ils l’ont fait sans posséder notre histoire, notre culture ou notre passion pour ce sport. Ils l’ont fait parce qu’ils ont osé remettre leur système en question.
Pendant longtemps, le parcours d’un jeune hockeyeur américain semblait moins prestigieux que celui d’un joueur de la LHJMQ, de la OHL ou de la WHL. Aujourd’hui, c’est souvent l’inverse.
Les universités américaines offrent des infrastructures dignes d’équipes professionnelles, des entraîneurs spécialisés, des programmes de préparation physique impressionnants, des études reconnues… et maintenant des revenus pour leurs athlètes grâce à leur image (le dernier premier choix au repêchage Gavin McKenna a été payé plus de 700 000$ pour jouer une année à l’Université de Penn State).
Pourquoi un jeune de 18 ans refuserait-il cette possibilité?
Pendant que les Américains modernisaient leur développement, nous avons continué à croire que notre recette fonctionnerait éternellement.
Je ne crois toutefois pas que la solution soit de jeter notre hockey junior aux oubliettes.
Au contraire.
La Ligue canadienne de hockey demeure l’un des meilleurs circuits de développement au monde. Chaque année, elle continue d’envoyer des dizaines de joueurs vers la LNH. Les équipes sont enracinées dans leurs communautés. Elles font vivre des régions entières et permettent à des milliers de jeunes de poursuivre leur rêve.
Le problème n’est donc pas la Ligue canadienne de hockey. Le problème, c’est que nous la considérons encore comme une destination, alors qu’elle devrait être une étape.
Pourquoi un joueur devrait-il choisir entre le hockey junior et les études?
Pourquoi ne pas créer un véritable parcours où les deux se complètent?
Imaginez un instant une collaboration officielle entre les Remparts de Québec et l’Université Laval. Entre les Saguenéens de Chicoutimi et l’UQAC. Entre le Phoenix de Sherbrooke et l’Université de Sherbrooke.
Les joueurs profiteraient des installations universitaires, de la recherche en sciences du sport, des préparateurs physiques, des physiothérapeutes et d’un diplôme, tout en poursuivant leur développement.
Nous n’avons pas besoin de copier la NCAA. Nous avons besoin de bâtir une version canadienne adaptée à notre réalité. Surtout, nous devons arrêter de croire que le problème commence à 18 ans. Il commence beaucoup plus tôt.
Le hockey est devenu un sport extrêmement coûteux. Entre les inscriptions, les déplacements, les tournois, les bâtons et l’équipement, plusieurs familles n’ont tout simplement plus les moyens de suivre. Le cas des gardiens illustre parfaitement cette réalité.
L’équipement coûte une fortune. Les postes disponibles sont peu nombreux. Les jeunes obtiennent rarement une deuxième chance lorsqu’ils prennent un peu plus de temps à se développer.
Nous nous demandons constamment où est le prochain grand gardien québécois, mais combien d’entre eux avons-nous perdus avant même qu’ils puissent démontrer leur potentiel? La même réflexion s’applique à l’ensemble de notre système.
Nous identifions nos meilleurs joueurs de plus en plus jeunes. À 12 ou 13 ans, certains enfants sont déjà étiquetés comme des espoirs, alors que d’autres sont laissés de côté. Pourtant, l’histoire de la LNH est remplie de joueurs qui se sont développés plus tard que les autres.
Nous ne manquons probablement pas de talent. Nous perdons simplement trop de talent en cours de route.
Le Canada possède encore les entraîneurs, les infrastructures, les bénévoles et la passion nécessaires pour demeurer une puissance mondiale. Cependant, notre prochain pas ne doit pas être de protéger aveuglément un modèle qui a fait ses preuves dans le passé. Il doit être de le faire évoluer.
Car pendant que nous débattons de savoir si le hockey junior est encore pertinent, les États-Unis continuent d’améliorer leur système année après année. Le vrai danger n’est pas qu’ils nous aient dépassés. Le vrai danger serait de croire qu’on va facilement redevenir les meilleurs sans faire de changements.
Le hockey fait partie de l’identité canadienne. Néanmoins, dans le sport, l’histoire ne garantit jamais l’avenir. Si nous voulons que les prochaines générations de Québécois retrouvent une place de premier plan dans la LNH et sur la scène internationale, il faudra accepter une évidence: le talent est encore ici.
C’est notre façon de développer nos talents qui doit changer.
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